

L'armée américaine a mené des attaques aériennes dans l'extrême sud de la Somalie contre des islamistes soupçonnés de liens avec al-Qaïda, opérant ainsi un retour musclé dans ce pays chaotique depuis son intervention humanitaire fin 1992 qui s'était soldée par un échec.
Lors de sa première intervention militaire directe en Somalie depuis décembre 1992, Washington a visé lundi plusieurs cibles dans l'extrême sud somalien "faisant de nombreux morts", a déclaré le ministre somalien de l'Information, Ali Jama, joint à Baïdoa (250 km au nord-ouest de Mogadiscio), siège des institutions de transition somaliennes.
Le président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed, qui n'a pu entrer à Mogadiscio que lundi depuis son élection en 2004, a justifié l'action américaine. "Les Américains ont le droit de mener des attaques aériennes contre des membres d'al-Qaïda où qu'ils se trouvent", a affirmé le président au cours d'une conférence de presse. "Ceux qui ont mené les attentats contre les ambassades américaines du Kenya et de Tanzanie se trouvaient là (dans le sud de la Somalie), aussi c'était la bonne chose à faire et le bon moment pour mener ces attaques", a poursuivi M. Yusuf.
Ces attentats, perpétrés en 1998 et revendiqués par al-Qaïda, avaient fait au moins 224 morts.
Plus tôt, le porte-parole du gouvernement, Abdirahman Dinari, avait annoncé qu'un "avion américain" avait "mené une attaque contre des cibles d'al-Qaïda dans le sud de la Somalie hier (lundi) après-midi (...). La cible était un petit village, Badel, où les terroristes se cachaient". "Beaucoup de gens ont été tués. Beaucoup de cadavres étaient étendus dans la zone, mais nous ne savons pas qui. Mais le raid a été un succès", selon lui. Le Pentagone, contacté par l'AFP, n'a pas souhaité commenter dans un premier temps ces informations.
Depuis leur fuite de Mogadiscio le 28 décembre et de Kismayo (sud) le 1er janvier devant l'avancée des forces éthiopiennes et somaliennes, les islamistes sont traqués dans l'extrême sud de la Somalie, près de la frontière kenyane fermée. Des navires américains patrouillent au large des côtes pour empêcher leur fuite par la mer. La chaîne de télévision américaine CBS avait rapporté lundi soir qu'un avion de combat américain avait attaqué des membres présumés du réseau terroriste al-Qaïda.
"Parmi les cibles figuraient le chef d'al-Qaïda pour la Corne de l'Afrique et un responsable du réseau recherché pour sa participation aux attaques terroristes contre les deux ambassades américaines" au Kenya et en Tanzanie en 1998, selon la chaîne.
Selon Washington, les matériels utilisés pour ces attentats provenaient de Somalie, ainsi que ceux utilisés le 28 novembre 2002 contre un hôtel de Mombasa, sur la côte kenyane. Trois kamikazes avaient fait sauter une voiture piégée contre l'hôtel appartenant à des Israéliens. 12 Kenyans et trois touristes israéliens avaient été tués et trois autres corps retrouvés ont été présumés être ceux des kamikazes.
Pour Washington, trois des auteurs présumés de ces attaques revendiquées par al-Qaïda avaient trouvé refuge auprès des islamistes somaliens: le Comorien Fazul Abdullah Mohamed, le Kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan et le Soudanais Abou Taha al-Soudane.
Selon CBS, une attaque a été menée par un AC 130 -avion lourdement armé bardé de mitrailleuses- du Commandement des opérations spéciales américaines basé à Djibouti, pays frontalier de la Somalie, qui abrite la seule base militaire américaine en Afrique. L'armée d'Addis Abeba, principal allié des Etats-Unis dans la région, et les forces gouvernementales somaliennes ont mis en déroute fin décembre les tribunaux islamiques qui avaient pris le contrôle du centre et du sud de la Somalie, dont la capitale depuis la mi-2006.
La Somalie est en guerre civile depuis 1991
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